Le Puissacalm et volcan
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Marcher sur un volcan endormi en Garrotxa : témoignage

Mes pas sur un volcan en Catalogne : récit d’une aventure unique

   Marcher sur un volcan endormi ne faisait pas partie de mes projets, mais la Garrotxa, au nord de l’Espagne, m’attirait irrésistiblement. Je savais que la route pour m’y rendre ne serait pas facile. Mais imaginer le chaos des anciennes coulées, les nuages de cendres ainsi que le magma encore latent a fini par me convaincre. Comment ce territoire raconte-t-il son histoire, de manière si évidente et silencieuse ? Entre ma première rencontre avec Olot, la découverte de l’Espai Cràter et la montée sur le Montsacopa, je vous raconte ce que j’ai pu voir, ressentir et comprendre.

La Garrotxa Volcans et montagnes

« Olot s’étend devant moi.

Elle affirme son rôle de capitale, 

plus vaste que je ne l’imaginais. »

Rencontre étonnante avec Olot : sur les traces du feu ancien

Rue en pente dans la ville de Olot

   Quand j’arrive à Olot, c’est l’après-midi et la lumière commence déjà à se retirer. À première vue, je n’aperçois pas de volcan mais juste une ville à la fois calme et en mouvement. Une dualité qui me séduit tout de suite. Je remarque un mélange culturel très appréciable. Les gens que je croise sourient et semblent heureux de partager un mot. Certaines rues dessinent des trajectoires surprenantes, avec des pentes sèches et abruptes. 

   Le froid me saisit. Les gelées du matin et le verglas sur les pavés me remémorent que je suis au milieu des massifs. Même lorsque le soleil chauffe un peu, une brise fraîche pique le bout de mon nez. Je ne sais pas trop si je dois me couvrir davantage, mais cette hésitation fait partie de ce que je vis.

   Sur l’avenue principale, mon regard est happé par l’horizon. Une montagne imposante se détache, majestueuse et silencieuse, comme si elle veillait sur la commune. Je ressens un mélange de fascination et d’humilité : c’est le Puigsacalm, haut de ses 1 512 mètres. Il se montre, comme pour me rappeler que ce lieu vit encore, qu’il continue de se transformer, qu’il garde ses secrets et sa puissance intacte. 

   Il m’est difficile de croire que la ville a été détruite par un tremblement de terre, il y a quelques siècles. Elle s’est relevée avec une force incroyable. Cette idée me touche profondément. La puissance de la nature, la fragilité humaine, et en même temps cette résilience qui transparaît dans chaque bâtiment reconstruit. Le passé semble encore présent, mais pas oppressant : il fait juste partie du quotidien. En errant sur les trottoirs, je réalise que se promener ici est déjà une aventure singulière. On ressent que cet endroit a été façonné par le feu et par les hommes. Ce premier contact me donne envie de continuer, d’explorer encore plus loin.

Rues et escaliers de Olot - Garrotxa

   Pendant mon séjour, j’apprends également que cette terre n’a pas toujours été préservée. Elle aurait pu devenir autre chose. Pendant un temps, l’urbanisation et l’industrialisation ont fragilisé l’équilibre du site. Elle a été réellement menacée. Les habitants ont refusé de voir disparaître ce qui faisait l’âme de leur région. Salvem els volcans ! (Sauvons les volcans !) Ce slogan crié dans les années 70, je ne l’entends pas, mais je crois en percevoir l’écho. La zone est maintenant protégée, reconnue, encadrée, et heureusement ! Déambuler sur place, sentir le vent, observer ces collines volcaniques si proches de la municipalité, donne le sentiment d’une chance. Celle de pouvoir fouler un sol préservé, d’approcher un secteur qui a été défendu avant d’être expliqué. Chaque pas posé sur ce terrain n’est pas anodin. Si je peux aujourd’hui le comprendre, et le parcourir librement, c’est grâce à ceux qui ont choisi de la défendre.

Comprendre l’activité volcanique : mon passage à l’Espai Cràter

   Avant de partir en randonnée à Olot, je pousse la porte de l’Espai Cràter. Ce centre d’interprétation, conçu pour mieux comprendre les paysages de la Garrotxa, me semble être l’endroit idéal pour me préparer à ce que je vais découvrir.  De l’extérieur, le bâtiment ne cherche pas à impressionner. Il ne domine pas, ne s’élève pas au-dessus de son environnement. Il semble plutôt s’y glisser, presque discrètement. Cette retenue me plaît immédiatement. J’ai la sensation d’entrer dans un lieu qui respecte ce qui l’entoure, sans chercher à en faire trop. À l’intérieur, l’ambiance change doucement. Le calme s’installe, l’accueil est chaleureux, on prend le temps de m’expliquer, de m’orienter. Je pose mon manteau, mes affaires, tout est pensé pour que l’on se sente bien. Le chauffage diffuse une chaleur agréable, surtout après le froid de l’hiver de cette région montagneuse. Même des détails simples, comme l’organisation des espaces ou les toilettes mixtes, donnent l’impression que le client a vraiment été pris en considération. Ça met dans de bonnes conditions pour la suite.

La terre dans l'Espai Cràter de Olot en Garrotxa

   Très vite, je comprends que le musée demande du temps. Beaucoup de choses à lire, à observer, à écouter… Les écrans, projections et dispositifs audiovisuels sont partout et je comprends maintenant pourquoi certains visiteurs trouvent qu’il y a beaucoup de numérique. Le musée se présente comme interactif et je trouve que ça fonctionne. On apprend en regardant, en écoutant, en se déplaçant entre les différents ateliers. 

   Je suis saisie par le mur d’argile brut, qui décrit en silence l’endroit profond où le musée prend racine, au creux du Puig del Roser. Il n’y a rien à toucher, rien à manipuler, mais si l’on prend le temps de s’arrêter, il raconte tout. Les coulées de lave, les éruptions, le passage du temps. C’est silencieux, mais vivant.

   À mi-parcours, je ressens le besoin de lever le pied. Trop d’informations, trop de stimulations. C’est à ce moment-là que je découvre le Cràter 360, une expérience immersive. Ce n’est pas spectaculaire au sens « Wahou tout est incroyable ! » mais c’est un moment à part, plus lent, plus sensoriel. Je n’y cherche pas à tout comprendre, je me laisse simplement traverser par les images et les ambiances. Ça m’aide à souffler un peu tout en digérant ce que j’ai déjà vu.

   En continuant la visite, je me rends compte que je pourrais rester ici des heures. Il y a toujours un panneau de plus à lire, un détail qui attire l’œil, une idée qui mérite qu’on s’y attarde. Mais le temps passe, et je sais déjà que je ne ressortirai pas avec toutes les réponses. Un peu frustrée, oui, mais aussi satisfaite. Ce musée m’a appris beaucoup de choses. En sortant, je n’ai pas le sentiment d’avoir « tout compris », mais plutôt celui d’avoir ouvert une porte. Surtout, j’ai maintenant une autre manière de regarder les volcans qui m’attendent dehors. Ce que j’ai sous les pieds prend enfin du sens.

Mur d'argile du musée Espai cràter de olot
Atelier volcan éruption musée de Olot - Espai Cràter
« … il ne ressemble pas à l’image que je me fais d’un volcan. »

Marcher sur un volcan : mon exploration du Montsacopa.

Cratére du Montsacopa
« J’écoute. Je tends l’oreille, presque malgré moi, comme si un son pouvait encore surgir. »

   Au premier regard, le Montsacopa ne m’impressionne pas vraiment. Depuis Olot, il ne ressemble pas à l’image que je me fais d’un volcan. Pas de sommet spectaculaire, pas de forme évidente. Juste une colline, posée là, presque banale. Je me demande même si je ne vais pas être un peu déçue. Pourtant, quelque chose m’attire. Peut-être justement cette discrétion. Comme s’il n’avait plus besoin de se montrer. En m’en approchant, mon regard évolue. Le chemin commence par des escaliers de fer. Les pierres volcaniques sont partout, sombres et rugueuses, comme si le sol refusait d’oublier. Les traces du temps sont encore là, juste sous mes semelles. 

   Le parcours n’est pas difficile, mais je sens mes muscles s’activer. Mes jambes tirent légèrement, ma respiration s’accélère. Autour de moi, d’autres personnes s’arrêtent et reprennent leur souffle. On avance tous à notre rythme. Plus je monte, plus l’air se rafraîchit. Ce n’est pas très haut, cependant l’atmosphère devient différente.

   Au terme de cette ascension, je m’arrête net. Olot s’étend devant moi. Elle affirme son rôle de capitale, plus vaste que je ne l’imaginais. Une étendue de bâtiments se déploie dans la vallée, dense par endroits, puis soudainement interrompue par la verdure. Les quartiers côtoient les pentes naturelles, les routes longent les reliefs, tout semble s’être organisé autour des formes arrondies. La vue est large, claire, presque apaisante. Environnement urbain et nature cohabitent sans se confondre. C’est seulement à ce moment-là que je prends vraiment conscience de la place du parc volcanique, et de son rôle central au cœur de la ville.

Jardin église Sant Francesc du Montsacopa

  Sur le cône, je remarque l’église de Sant Francesc de Paula dont le jardin verdoyant apporte une étonnante sérénité à cet endroit. J’aperçois ensuite les tours de garde. Je grimpe dans la première, sans trop réfléchir. En haut, le vertige me saisit, brutal, mais la vue est incroyable. Je redescends les jambes tremblantes. La seconde tour offre un autre panorama. Ça vaut largement le détour.

   Une allée mène au cratère. On le devine plus qu’on ne le voit. Le Montsacopa garde une part de mystère jusqu’au bout. La végétation aide à cela, dense, presque protectrice. Je descends et me retrouve au cœur du point culminant : une vaste prairie verte, parfaitement arrondie. Le contraste est saisissant. C’est beau, et émotionnellement très fort. Je ressens une joie immédiate, une excitation difficile à contenir. Marcher sur un volcan est une chose. Entrer dans son cratère en est une autre. J’ai appris que la dernière éruption remonte à plus de 11 000 ans, pourtant la cavité est intacte. Difficile d’imaginer que tout cela soit si ancien.

   Je m’accorde une pause. Le moment mérite d’être vécu pleinement. J’écoute. Je tends l’oreille, presque malgré moi, comme si un son pouvait encore surgir. Rien. Toutefois, la présence du volcan est totale. Je regarde autour de moi, encore et encore. Les questions viennent : comment était-ce ? Que ressentait-on ?

   Avant de repartir, je me retourne une dernière fois. Je sais que je n’entendrai jamais de grondement, mais vagabonder ici suffit. Le Montsacopa n’est pas spectaculaire. Il est mieux que ça. Il est discret, apaisé, profondément ancré. Endormi, oui. Mais loin d’être absent.

Allée du cratère du volcan de Olot
Tour de garde - volcan Montsacopa

   Marcher sur un volcan endormi m’a offert un mélange d’émotions, de scènes naturelles et de moments de contemplation que je n’oublierai pas de sitôt. J’ai pu sentir à quel point la Garrotxa parle à ceux qui prennent le temps de l’écouter.

Et vous, quelles sensations vous inspire un lieu comme celui-ci ?

Crédits textes et photos : Adeline, Dilly Multimedia

Remerciements : Je remercie le centre d’interprétation Espai Cràter de Olot, pour l’accueil et les informations précieuses qui m’ont permis de nourrir cet article et de réaliser les photographies.

Un commentaire

  • Toustou

    Incroyable ! Ce reportage donne envie de visiter cet endroit ! La naration est belle, romanesque presque ce qui donne l’impression de suivre vos voyages. Merci pour cette belle découverte j’irais visiter ce lieu avec grand intérêt.

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